Mediocre: The Dangerous Legacy of White Male America par Ijeoma Oluo.
Critique par Samuel Wood
Il nous arrive parfois, en flânant dans une librairie, de prendre un livre au hasard. Peut-être que la couverture nous attire ou que le titre nous interpelle, alors on lit le résumé, on parcourt une page ou deux, et on se demande : « Ce livre est-il pour moi ? » ou « À qui ce livre s’adresse-t-il ? ». Dans le cas de Mediocre d'Ijeoma Oluo, la réponse est : à quiconque a regardé les événements du 6 janvier et s'est demandé comment le monde en était arrivé là.
Après ces événements, il est difficile de contester le titre. Un assaut armé contre le gouvernement américain dans le but de prendre des selfies ne témoigne pas de la recherche de l'excellence. Il montre plutôt l'homme blanc américain comme une menace pour lui-même et pour le monde. En effet, alors qu'Ijeoma Oluo nous mène jusqu'en 2020, le mot clé est « héritage ». C'est pourquoi je suis immensément heureux d'avoir choisi son nouveau livre et de l'avoir ramené chez moi.
En commençant par Buffalo Bill et la « conquête de l'Ouest », Oluo retrace l'identité (auto-)idéalisée de l'homme blanc américain du XIXe siècle à 2014 et 2015, lors de l'occupation de terres fédérales par des milices antigouvernementales. Ce qui devient clair, c'est qu'après des siècles de complaisance, de favoritisme et de laxisme politiques, l'attaque de janvier n'avait rien de nouveau : c'était une fatalité qui finissait par frapper le Capitole américain.Dans son style vivant et familier, Oluo examine l'homme blanc américain et ses effets catastrophiques sur les femmes, les communautés noires, autochtones et minoritaires à travers l'éducation, le logement, le travail, la politique partisane, les présidents (Bill Clinton, nous vous regardons), le maintien de l'ordre et ses propres cercles de militants progressistes. J'ai particulièrement apprécié le chapitre sur ce sport on ne peut plus masculin, le football américain, où l'hypocrisie est exposée de manière très vive et cruelle.
Cette identité est dévastatrice, et ce n'est pas le moindre de ses effets pour les hommes blancs américains eux-mêmes qui, malgré tout leur sentiment d'entitlement et leur statut, sont censés incarner un idéal impossible qui les prive de créativité, de style ou de compassion. Piégés dans cette étroitesse, les hommes en chair et en os sont en proie à l'insécurité, à la déception, et enfermés dans des systèmes qui les empêchent de s'identifier à autre chose qu'aux figures atrophiées, bien que dangereuses, qui ont pris d'assaut le Capitole. Confrontés aux désillusions de cet idéal, ils se déchaînent contre leur incapacité à l'atteindre, une rage qu'Oluo nous aide à comprendre non seulement à travers leur violence envers les menaces perçues, mais aussi à travers leur colère contre eux-mêmes, leurs suicides et les « morts par désespoir » liées à la crise des opioïdes en Amérique.
Alors, voici ce qu'il faut retenir de la lecture de Mediocre : Ijeoma Oluo voit et connaît la douleur de l'Amérique blanche masculine et souhaite qu'il s'en échappe. Pour sa survie comme pour la nôtre, il est essentiel qu'il relève son défi.
Sam Wood est né au Japon et a grandi en Écosse. Il a fréquenté le Dawson College dans les années 90 et est retourné à Montréal en 2011. Les auteurs vers lesquels il revient toujours sont Fiodor Dostoïevski, Ralph Ellison et Ali Smith.