Le nouveau présent
En relisant ma dernière (et première) entrée de blogue trois semaines plus tard, j’ai été frappée par le décalage avec mon nouveau quotidien.
Il y a trois semaines, j’ouvrais la boutique le matin et je la fermais le soir. Je m’inquiétais pour mes plantes (c’est toujours le cas). Je parlais aux clients, aux visiteurs, aux voisins, aux fournisseurs et aux amis sans me soucier du nombre de pouces nous séparant (c’est fou le nombre de personnes que je voyais chaque jour !). Je m’inquiétais quand la journée était calme et j’étais heureuse quand elle était chargée. Je planifiais les commandes, la production, les livraisons. Je travaillais 6 jours par semaine et je rêvais (littéralement, je fantasmais) de deux jours complets d’oisiveté. Les affaires marchaient bien et je prévoyais d’embaucher deux (2 !) employés en mai. Je me plaignais de cet hiver qui n’en finissait plus, mais je savais que le printemps finirait par arriver, apportant avec lui des journées amusantes et des mois lucratifs pour compenser les semaines mornes qui venaient de s’écouler. Il y aurait du soleil dans la rue, du monde dans la boutique et une collection de robes en lin à tomber par terre en vitrine. J’aimais ma vie. Je me sentais chanceuse.
J'étais mignonne, j'étais pittoresque, j'étais inconsciente.
C’était le 22 mars. L’ordre de fermer boutique est tombé deux jours plus tard. Ce n'était pas une surprise, pour autant. Attention : j'ai des amis et de la famille en France et à New York qui étaient déjà confinés chez eux. Je connaissais des gens coincés en Italie depuis un moment. Je lisais les nouvelles mais, pour reprendre les mots immortels de Diane Dufresne : « Quand ça s’passe pas à Montréal / On dirait qu’ça nous fait moins d’mal. » J’étais certaine que nous devrions fermer bientôt, mais j’avais besoin de repos et ce serait 2 semaines de vacances (très) non payées.
Bon. J’étais dans le déni.
Au début, je pensais travailler depuis la boutique fermée et garder des horaires plus courts, mais réguliers. Vraiment ? Je pensais vraiment que ça marcherait ? Puis, il y a eu la nouvelle que mes couturières devaient fermer également. Oups ! Je ne l'avais pas vu venir. Vous voulez dire que toute ma collection printemps/été allait rester en pièces détachées dans leur atelier désert pour... combien de temps ? On ne sait pas vraiment. Ok.
Eh bien, je me suis dit, aucun problème. Ça fait des mois que je veux travailler sur la boutique en ligne. Elle est pratiquement prête de toute façon. Ça m’occupera et ça compensera le temps perdu pendant que je suis occupée à être fermée.
Perte de revenus ? Loyer à payer ? Le gouvernement va aider. N'est-ce pas ? Après tout, c'est une pandémie, une catastrophe mondiale. La priorité absolue est la santé. Une fois que tout cela sera réglé, ils régleront les détails financiers.
Il faut que je vous dise une chose, mes amis : l'argent fond. Il s'envole et trouve toutes sortes de façons de sortir de la banque à une vitesse incroyable pendant que vous restez à l'intérieur, en bonne santé et en sécurité.
L'aide n'est jamais arrivée. Je suis une petite entreprise et il existe des fonds d'urgence pour elles, mais il s'avère que je suis trop petite pour être aidée. Le diable se cache facilement dans les détails et les petits caractères. Je ne paie pas assez de salaires pour être admissible. La di di. La di da. Rien. Niente. Rien. J'attends toujours, cela dit. Hé ! Il n'y a pas de mal à espérer.
Inutile de pleurer sur le lait renversé non plus. J'ai rejoint les rangs des milliards de personnes en confinement, flottant dans le grand inconnu pandémique, ressentant du chagrin pour les morts, de la douleur pour les malades, du soulagement pour les bien-portants, de l'inquiétude pour tout le reste.
C'est ça, le nouveau présent.
J'arrose régulièrement les plantes et j'arrive à les garder en assez bonne santé. Elles vous attendent.
*Quand ça s'passe pas à Montréal / On dirait qu'ça nous fait moins d'mal.
15 commentaires
Muchas gracias. ?Como puedo iniciar sesion?
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